Ces plans de sauvetage que l’on appelle des “aides”

27 mars 2011
By Laurent Pinsolle

Cette semaine a été le théâtre d’une comédie totalement ubuesque où l’on a pu voir l’Union Européenne demander à « aider » le Portugal et ce pays refuser cette « aide ». Voilà de quoi relativiser l’emploi du terme « plan de sauvetage » pour les plans européens.

Le Portugal au bord du gouffre

La situation est proche de l’explosion à Lisbonne. Les taux d’intérêt à long terme approchent 8%. Sachant que la dette publique équivaut à 90% du PIB, cela signifie que si les taux restaient en l’état pour une longue période, alors, le pays devrait consacrer plus de 7% de sa richesse tous les ans uniquement pour payer les intérêts de la dette, sans parvenir à la réduire. La crise est telle que le Premier Ministre a démissionné après le vote négatif du parlement sur un énième plan d’austérité.

Dans un tel contexte, on pouvait imaginer que José Sócrates accepterait le « plan de sauvetage » européen de 75 milliards d’euros, qui permettrait à son pays de financer sa dette pour plusieurs années. Mais non, le Premier Ministre en sursis a eu le courage de le refuser pour laisser les Portugais trancher lors des élections législatives à venir. Voici un comportement hautement démocratique qui fait honneur à cet homme qui n’engage pas son peuple contre sa volonté.

Ce que ces plans disent de l’Europe

Tout ceci permet de relativiser le vocabulaire positif utilisé pour présenter ces plans. Car ces plans ne sont pas des « plans d’aide » à un pays, sans quoi personne n’hésiterait à y souscrire. Ce sont des plans qui permettent de sauver l’euro et de préserver les intérêts des créanciers au prix d’une véritable saignée économique et d’une sévère mise sous tutelle des pays qui y souscrivent. Les Portugais ont été précédés par la Grèce et l’Irlande, pour leur plus grand malheur…

Ces pays auraient simplement besoin de dévaluer pour restaurer l’équilibre de leur commerce et de leur balance des paiements autrement que par une baisse sauvage des salaires et du pouvoir d’achat de la population. On peut également souscrire à l’idée d’une restructuration de la dette : même un journal aussi sérieux que The Economist le soutient depuis des mois. L’Europe achète du temps, le fait payer par les peuples, mais ces plans ne résolvent rien et la situation empire.

Et la situation est d’autant moins durable que le dispositif anticrise adopté est totalement insuffisant. Si Madrid était en difficulté, toutes les cartouches seraient grillées. Mieux, les pays européens ont à peine réussi à s’entendre pour maintenir la taille du dispositif, loin des demandes de certains de le doubler ou de lancer des euro-obligations. La Tribune a bien compris que rien n’a été réglé alors que Le Figaro fait mine de croire que de véritables solutions ont été adoptées.

Un troisième incendie fait rage dans la zone euro avec le Portugal qui suit l’exemple de la Grèce et de l’Irlande. Quel sera le premier pays à quitter la monnaie unique et à restructurer sa dette ? La question n’est pas de savoir si cela arrivera mais quand, tant les « plans d’aide » ne résolvent rien.

Article initialement publié sur le blog de Laurent Pinsolle

Photos flickr CC European People’s Party

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