Un Pacte pour les unir tous
Tout a commencé… enfin, tout, non, pas vraiment, les racines du mal sont beaucoup plus lointaines, et profondes, mais nous allons emprunter quelques raccourcis pour arriver à notre sujet.
Je disais donc, tout commence en Grèce en octobre 2009. L’Europe, loin d’avoir été épargnée par la criiiise financière qui secoue l’économie mondiale, et malgré tout la Couétude dont fait preuve notre ministre Lagourde, s’apprête à connaitre une phase encore plus critique du tsunami financier que le krach des subprimes a engendré. Les dettes privées (des banques, mais pas seulement) se sont transformées en dettes souveraines. En clair, c’est le fameux adage capitaliste impliquant une privatisation des profits, et une nationalisation des dettes ! Pile je gagne, face tu perds.
Quand la dette privée… devient publique
Les États européens ont allègrement renfloué leurs pauvres banques, fort marries de leurs mésaventures sur lémarchés et des pertes colossales qu’elles s’échinent à cacher dans les tréfonds de leurs bilans. Ce faisant, ils ont pris à leur compte – notre compte ! – ces montants vertigineux. Lémarchés, jamais contents, toujours anxieux, sauf lorsqu’ils s’envolent dans cet état euphorique précédant leur chute inévitable (c’est la gravité, dude !), ne voient pourtant pas d’un très bon œil ce renflouage spectaculaire. Les banques sont sauves, good, bien, bravo ! Mais les États, du coup, ne seraient-ils pas trop endettés ? Que ce soit en venant au secours des banques, nos pythies des temps modernes n’en ont cure : la dette pèse désormais sur les États (sur nous, donc, je répète) et il va falloir payer ! C’est le principe même d’une dette : on te prête, tu rembourses. C’est presque aussi vieux que l’histoire de l’humanité cette affaire.
Or donc, nos marchés omniscients et leurs prophètes, répondant aux doux noms de Moody’s, Standard & Poor’s (non non, rien à voir avec les pauvres) et Fitch Ratings, s’inquiètent de la situation des PIIGS en général et de la Grèce en particulier. Ils décident donc de dégrader la note de la Grèce. Comme le mauvais élève qu’elle est.
Ben oui, souviens-toi, ami lecteur, quand tu étais à l’école : si tu ne travaillais pas bien, tu avais de mauvaises notes. Et le prof avait tendance à te regarder un peu de travers… genre mauvais élément quoi ! Voire cancre ! C’est exactement pareil avec les agences de notation : si elles te donnent une mauvaise note, tout le monde te regarde de travers. Et comme le « tout le monde » dont il s’agit, ce sont les organismes prêteurs, ils vont te faire payer plus cher, beaucoup plus cher, quand tu auras besoin d’argent.
Parenthèse : ah oui, au fait, pourquoi as-tu besoin d’argent ? Ou plutôt, pourquoi dois-tu emprunter de l’argent plutôt que de l’imprimer toi-même, comme les États-Unis le font si bien depuis 2 ans ? Élémentaire mon cher Watson ! Ton pays appartient à l’Europe et de ce fait a renoncé à son privilège de battre la monnaie, comme on dit. Désormais, tu as le droit d’emprunter sur les marchés (à leurs conditions), mais surtout pas à la Banque Centrale Européenne, qui en créé, elle, de la monnaie ! C’est ballot, mais c’est interdit par les Traités, nos nouveaux Testaments économiques rien qu’à nous ! Passons.
Argh, ce devait être une courte introduction et je n’ai même pas encore abordé le sujet dont doit traiter ce billet. Décidément, je procrastine.
Vous connaissez le reste de l’histoire (et sinon, allez voir tous les articles que j’ai collectionné sur le sujet) : panique en Europe ! Contagion à l’Irlande, à l’Espagne, au Portugal…mais pas à l’Islande ! Cherchez l’erreur. Bref, une belle mouize qui risque de mettre en péril notre splendide édifice européen.
La « solidarité » européenne en marche
Après de nombreuses volte-faces et tergiversations, nos institutions prennent enfin conscience de l’ampleur du désastre et pondent un machin qui s’appelle « Fonds de Stabilité Européen », malgré la réticence évidente de la chancelière allemande.
En effet, il y a des élections en Allemagne, et notre brave Angela est en fâcheuse posture. Elle ne voudrait pas que ses électeurs croient qu’elle encourage ces flemmards de grecs (et espagnols, et portugais) à continuer à dilapider la richesse que la nation allemande-qui-a-tant-souffert-pour-sa-réunification leur a gentiment prêté en leur permettant d’adhérer à l’Union Européenne et en se sucrant au passage : les banques allemandes étaient les plus exposées, en Grèce. (Tiens, dans un registre tout à fait actuel, cette posture allemande me rappelle les discours sur ces salauds d’immigrés qui viennent nous ôter le pain de la bouche, nous piquer nos jobs et vivre de la générosité de la sécu à la Française – bande de feignasse, va !)
Faisant contre mauvaise fortune bon cœur (c’est une façon de parler, hein), elle donne son aval à la mise en place de ce fonds au montant variable (j’en suis restée à 750 Milliards d’Euros) destiné à aider les pays en difficulté à se financer. A des taux un peu moins indécents que ceux exigés par lémarchés. Mais à des taux bien supérieurs à ceux auxquels la Banque Centrale Européenne prête aux dits marchés.
Cet accès de générosité bien inspiré (charité bien ordonnée… vous connaissez le proverbe !) ne doit cependant pas créer de précédent : alors pour le mériter, il faut en chier (pardonnez moi la vulgarité). Plan d’austérité sur plan d’austérité ! La Grèce, l’Espagne, l’Irlande, l’Angleterre, le Portugal, et de manière plus déguisée, la France, tous doivent passer sous les fourches caudines des exigences démarchés et du FMI. Plan d’austérité, en clair, ça veut dire privatisations, restrictions budgétaires des États dépensiers (je rappelle qu’ils sont « dépensiers » parce qu’ils ont renfloué les banques, non parce qu’ils sont mal gérés…enfin, pas seulement mais c’est un autre débat), c’est-à-dire coupes sombres dans les dépenses publiques et démantèlement systématique de tout ce qu’un État pourrait avoir de « social ».
J’attaque enfin le sujet de ce billet après cette longue, très longue introduction : il faut passer à la vitesse supérieure.

Un pacte pour l’euro, vraiment ?
Le Fonds de Stabilité Européen, de temporaire, passe à permanent. Et en échange, nos bien-aimées institutions européennes qui aiment tant graver dans le marbre les dogmes dont elles sont pétries, accouchent d’un nouveau monstre. Son p’tit nom, c’est Le Pacte pour l’Euro. C’est beau, non ? Comme une promesse d’avenir, un accord solennel – un Pacte pour les gouverner tous – un Pacte pour les trouver – un Pacte pour les amener tous et dans les ténèbres les lier… Une conjuration d’imbéciles, oui ! Dont nous sommes une fois de plus les dindons de la farce. Parce que ce dernier né de nos thuriféraires du marché et de la concurrence libre et non faussée entérine par ce pacte la décroissance généralisée de notre niveau de vie.
Le but de ce Pacte est de contraindre les pays européens à mettre en œuvre des politiques de restriction budgétaire et à diminuer leur endettement afin de respecter, cette fois-ci stricto sensu, les fameux critères de Maastricht. Et sinon…amendes ! Et tac !
Quand on y réfléchit, c’est kafkaïen ! Il me semble absolument évident que les pays soumis aux drastiques politiques d’austérité ont fait EXPRES de se mettre dans cette situation de déséquilibre budgétaire et d’endettement outrancier, non ? Et on en rajoute une couche avec des sanctions financières pour « mauvaise gestion », comme on punit un enfant pris en faute la main dans la confiture, alors qu’on sait tous très bien qui a laissé trainer ses doigts dans le pot… J’avoue que la moutarde me monte au nez….
Mais l’Europe, dans sa grande sagesse, laisse libre choix aux pays de la manière dont ils maitriseront leurs budgets et leurs dettes. Il faut « juste » que la contrainte soit suffisamment forte (loi cadre, réforme constitutionnelle, j’en passe) pour qu’il soit impossible de faire machine arrière une fois le machin lancé. Et lancé, il l’a été, en grande pompe, vendredi dernier. Et ce sont nos traitres de gouvernants dans un bel ensemble qui ont monté cette mécanique infernale ! Pas la Commission, ni le Parlement, mais bel et bien nos chefs d’États européens, tous seuls, comme des grands, qui nous mettent la corde au cou. Ça me dépasse, mais je ne suis qu’une gôôôchisse après tout. Qu’est-ce que je peux comprendre à la complexité de la situation….et puis ce n’est pas comme si chaque pays ne venait pas d’abandonner encore un peu plus de son pouvoir national à l’hydre européenne.
Je garde le meilleur pour la fin : The cherries on the Cake, tu vas voir, c’est savoureux.
Les salaires seront indexés sur la productivité. En traduction, n’espère plus aucune augmentation salariale grâce à des négociations collectives, car elle ne serait pas « conforme » à ce que prétend nous fixer Bruxelles. Encore mieux, je cite Les Echos : « Les gouvernements sont invités à faire des efforts pour augmenter le taux d’emploi, en priorité des jeunes et des chômeurs de longue durée ». Décryptage : accepter n’importe quel boulot à n’importe quel prix, dans n’importe quelles conditions. Et enfin, l’âge de départ à la retraite doit tenir compte de l’allongement de la durée de vie dans nos pays. La classe. Tu vas trimer comme un esclave jusqu’à ta mort. Elle est pas belle, l’Europe ?
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Article initialement publié sur le site Ruminances
Photo © Service Audiovisuel de l’UE ; CC Christopher Sessums
