Finlande : l’issue des élections législatives va-t-elle bloquer le sauvetage du Portugal ?

15 avril 2011
By Stanislas Jourdan

Les Finlandais se rendent aux urnes dimanche prochain afin de renouveler leurs représentants parlementaires. Ce scrutin pourrait permettre aux True Finns, le parti populiste des “Vrais Finlandais”, de rentrer au gouvernement et ainsi de bloquer le processus de sauvetage financier du Portugal.

[mise à jour 17/04] Lire notre article sur les résultats du vote

Les “Vrais Finlandais” en embuscade

L’euroscepticisme a le vent en poupe en Finlande. Les “Vrais Finlandais” ne cessent d’augmenter leur popularité depuis leur percée de 9% aux dernières élections européennes, en 2009. Le parti bénéficie notamment d’une montée de l’inquiétude des finlandais vis à vis de l’immigration (qui a explosée dans le pays depuis quelques années) mais surtout, il a réussi à faire de l’Europe un thème phare de la campagne.

Car le programme électoral des “Vrais Finlandais” est clair : le parti se prononce contre l’inscription dans la constitution de l’appartenance de la Finlande à l’Union Européenne, et refuse que la Finlande prenne des engagements financiers supplémentaires pour sauver les pays européens dans la déroute.

« Je ne suis pas une mauvaise personne » se défend Timo Soini, le leader des Perussuomalaiset (“Vrais Finlandais”, en finnois) « Je dis juste que le renflouement de ces pays ne va pas fonctionner », a-t-il déclaré, tout en précisant qu’il ne remettait pas en question les plans de sauvetage de la Grèce et de l’Irlande, ni même l’appartenance du pays à la monnaie unique.

La Finlande, qui s’est déjà engagée à garantir le FESF à hauteur de 8 milliards d’euros, a récemment promis d’apporter 12 milliards d’euros de garanties supplémentaires dans le cadre du Mécanisme européen de stabilité, qui doit remplacer le FESF en 2013. S’il intègre le prochain gouvernement, Timo Soini a affirmé qu’il renégocierait ces promesses.

Poussée de l’euroscepticisme en Finlande

La position européenne des “Vrais Finlandais” n’est pas isolée. Au contraire, il semblerait qu’elle ait fait mouche auprès d’une grande partie de la population. Des récents sondages montrent que plus d’un finlandais sur deux sont opposés à l’octroi d’une aide financière au Portugal, ou à une augmentation des garanties offertes par leur pays au Fonds Européen de stabilité financière (FESF).

Le SPD finlandais, traditionnellement pro-européen, a d’ailleurs retourné sa veste. En mars dernier, le parti social démocrate avait voté la motion de censure déposée par l’Alliance des Gauches (VAS) visant à déchoir le gouvernement qui venait d’accepter à Bruxelles d’élargir le mécanisme européen de stabilité financière. Tarja Halonen, la présidente de la république finlandaise (et membre du SPD) a déclaré à ce propos que « les bons élèves de l’Europe comme la Finlande ou l’Allemagne ne sont pas destinés à être les banquiers de l’euro ».

A quelques jours du scrutin, le parti populiste est aujourd’hui crédité de 16% à 18% des intentions de vote, soit un peu plus que le parti social démocrate (SPD), tandis que le Parti du centre (KESK) et le Rassemblement conservateur (KOK) sont au coude à coude avec 19% des intentions de vote chacun. Mais selon certains observateurs, ces sondages pourraient sous-estimer le score des “Vrais Finlandais”, en raison de l’absence de données statistiques suffisantes sur le parti des “Vrais Finlandais” lors des derniers scrutins.

Le parlement finlandais, à Helsinki

Un premier gouvernement eurosceptique en Europe ?

A supposer que les “Vrais Finlandais” obtiennent le score d’au moins 16% que leur confère les sondages (soit une trentaine de siège au parlement), le parti pourrait intégrer le gouvernement dans le cadre d’une coalition. Mais l’issue des négociations reste pour le moment très incertaine.

Les seules quasi-certitudes concernent le fait que le parti conservateur (KOK) n’est pas prêt à travailler avec les eurosceptiques, préférant s’allier aux écologistes. De son coté, le parti des “Vrais Finlandais” s’est dit prêt à travailler avec toutes les formations politiques qui s’opposent à une extension du mécanisme de stabilité financière, à l’exception des verts.

Pour le reste, cela dépendra des rapports de force qui se dégageront des résultats des élections. Si les “Vrais Finlandais” font une percée plus spectaculaire encore qu’attendue, ils pourraient être en mesure de former une coalition avec le SPD, ainsi que l’Alliance des Gauches ou le parti du centre.

Ce serait la première fois qu’un gouvernement européen s’oppose officiellement et frontalement à la stratégie de l’Union Européenne déployée face à la crise de l’euro. Une telle hypothèse serait un sérieux coup d’arrêt pour la mise en place du mécanisme européen de solidarité financière, et le sort du Portugal en serait probablement impacté.


Photo flickr CC Stan Jourdan ; hugovk

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