Pourquoi la BCE augmente-t-elle ses taux d’intérêts ?

15 avril 2011
By Catherine Le Gall

Hum… Nicolas Hulot et son « think tank » peuvent toujours rêver. On est loin de la création monétaire à gogo ! L’actualité s’est chargé de nous le rappeler sous les traits de Jean-Claude Trichet, le président de la Banque Centrale Européenne (BCE) qui vient d’annoncer qu’il allait serrer le robinet à cash. C’est à dire augmenter les taux directeurs de la BCE, hausse devenue effective mercredi 13 avril.

Jean-Claude Trichet, gouverneur de la BCE

Mais, enfin, qu’est-ce que ça signifie ?

La BCE est la banque des banques, chargée d’appliquer la politique monétaire européenne. Une de ses missions, et pas des moindres, est d’assurer le financement des banques européennes en les fournissant en cash. Bien sûr, cet argent a un coût et les banques, lorsqu’elles se financent sur le marché interbancaire (comme on dit), doivent honorer un taux d’intérêt. Or, l’évolution de ce taux est orientée par le « taux directeur », celui-là précisément, que Jean-Claude Trichet a décidé d’augmenter. Conséquence : les banques achètent leur argent plus cher et vont donc le vendre également plus cher. En gros, le prix du crédit va augmenter : quand vous irez emprunter de l’argent à la banque, vous devrez payer des mensualités plus élevées. Le but est de réduire l’accès au crédit et de ralentir l’activité économique.

Pourquoi augmenter le taux d’intérêt maintenant?

Pour réduire la consommation et lutter contre l’inflation.

A moins d’avoir dormi les jours précédents, vous êtes au courant : le spectre de l’inflation plane! Les prix ont augmenté de 1,8% en France et de 2,6% en Europe. Principales responsables : les matières premières notamment le pétrole et le gaz, dont les prix flambent. Or, quand les prix augmentent, les salariés réclament une hausse des salaires (les vilains !) pour préserver leur pouvoir d’achat. Et, quand les salaires grimpent, les coûts de fabrication augmentent pour les entreprises et elles se rattrapent sur les prix : ce faisant, elles alimentent la spirale inflationniste.

C’est le cauchemar absolu pour la BCE (dont la mission première est justement de lutter contre l’inflation qui ne doit pas dépasser 2%). Bref, il faut ab-so-lu-ment empêcher que les salaires augmentent! C’est d’ailleurs ce qu’a martelé Jean-Claude Trichet le 21 février dernier : « Augmenter les salaires serait la dernière des bêtises à faire » a-t-il froidement lâché. Du coup, la BCE dégaine son arme fatale pour lutter contre le cycle infernal: elle augmente son taux d’intérêt pour empêcher la hausse des prix et celle, consécutive, des salaires.

Est-ce qu’augmenter le taux d’intérêt de 1% à 1,25% suffit pour lutter efficacement contre l’inflation ?

Tous les analystes répondent en cœur : NON ! Pour plusieurs raisons. D’abord, parce que vu le taux de chômage élevé que nous connaissons actuellement en Europe, les salariés ne sont pas en position de force pour réclamer une augmentation de salaires (d’ailleurs, leur rythme de croissance n’a jamais été aussi faible depuis les années 2000). Ensuite parce que l’inflation est importée. Elle trouve son origine, en majorité, dans la hausse du prix du pétrole et du gaz, qui viennent de l’étranger. Réduire la consommation en Europe ne va donc pas faire baisser les prix sur les marchés mondiaux portés par la demande des pays émergents.

Alors, dans ce cas, pourquoi diable la BCE augmente-t-elle ses taux d’intérêts ?

La BCE envoie un signal aux acteurs économiques et financiers : lorsqu’il a annoncé la hausse des taux d’intérêts, Jean-Claude Trichet a bien précisé qu’il craignait « les effets de second tour ». Traduction : il craint que l’inflation des prix ne provoque une inflation des salaires. Même si l’augmentation du taux d’intérêt n’aura pas d’effet direct, il envoie un message clair pour tout le monde : il signifie aux entreprises qu’il ne faut en aucun cas augmenter les salaires. Et il signale aux marchés qu’ils n’ont rien à craindre, car la BCE fera tout pour lutter contre l’inflation. Il fait d’une pierre deux coups: il met en garde les entreprises (au cas où elles seraient assez dingues pour augmenter leurs salariés) et il rassure les investisseurs en leur disant qu’ils peuvent placer leur argent sans crainte (bah, oui, les investisseurs, lorsqu’ils placent de l’argent aiment que ça leur rapporte un max : or, si l’inflation fait grimper les prix, leur rente diminue).

Y’a pas de victimes directes alors ?

Bah si, faut pas trop en demander ! D’abord, vous-mêmes, chers lecteurs consommateurs. Si vous voulez acheter une maison ou une voiture, vous devrez payer plus cher car votre crédit sera plus élevé. Et puis, cette mesure n’arrange pas les pays fragiles de l’Europe, comme l’Irlande, l’Espagne ou le Portugal, qui ont recours à l’emprunt pour faire face à une situation économique difficile : ils vont payer plus d’intérêts lorsqu’ils iront se financer sur les marchés. Bien sûr, cela aura des répercussions sur leur population à travers des plans de rigueur. Enfin, réduire l’activité économique n’est pas ce qu’il y a de mieux pour des pays comme le nôtre, la France, qui se relève difficilement de la crise économique.

On peut pas faire plaisir à tout le monde, hein !


Article initialement publié sur le blog de Catherine Le Gall Finanbulles
Photo flickr CC European Parliament

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One Response to “ Pourquoi la BCE augmente-t-elle ses taux d’intérêts ? ”

  1. laurent on 9 juin 2011 at 12:14

    N’oublions pas l’essentiel : une banque n’est pas une oeuvre de bienfaisance. En augmentant des taux, la BCE va se faire des couilles en or, aspect non-négligeable de l’affaire.

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